Quel est votre rapport à l’argent ?


Si vous êtes un être humain, vous portez probablement des jugements et avez inconsciemment des croyances au sujet de l’argent – peut-être pensez-vous que vous ne méritez pas de le dépenser ou que vous avez besoin de plus d’argent pour être heureux. Des pensées comme celle-ci peuvent vous orienter vers des choix financiers contre-productifs, sans même que vous vous en rendiez compte.

Nous y sommes tous confrontés, mais ces pensées pernicieuses ne doivent pas durer éternellement. Voici ce que vous devez savoir sur la façon dont votre psychologie de l’argent pourrait vous nuire – et comment vous en libérer.

Une relation compliquée avec l’argent ?

Tout le monde ou presque a une relation compliquée avec l’argent. Des études montrent que l’argent est le premier motif de divorce lors des premières années d’un mariage et une cause de disputes fréquente dans les couples. Cela n’est pas étrange puisque l’argent est souvent associé au pouvoir, même dans le couple.

De plus, l’émancipation des femmes est passé par là, et au sein des couples modernes, l’homme n’est plus le seul à gagner le pain. Cela peut parfois générer des tensions puisque l’homme perd l’un de ses rôles historiques et peut avoir du mal à trouver sa place. Enfin, puisque les deux partenaires gagnent et dépensent de l’argent, des crises peuvent survenir lorsque leur relation à l’argent diffère.

La crise étant passée par là, le poids de l’argent est aujourd’hui encore plus important. Même avant la dernière récession économique, même avant le mouvement des gilets jaunes, près de trois Français sur quatre identifiaient l’argent comme la principale source de stress dans leur vie. Les contraintes financières réduisent la satisfaction des relations, aggravent les risques de dépression et conduisent à des problèmes émotionnels, à des problèmes de santé, et à un piètre rendement au travail.

Les rapports à l’argent

Les troubles comportementaux vis-à-vis de l’argent sont des schémas persistants de comportements financiers autodestructeurs et auto-limitatifs. Ils découlent de croyances faussées au sujet de l’argent que nous développons à partir de nos expériences financières.

Selon la théorie freudienne, notre rapport à l’argent dépendrait en grande partie de la manière dont nous avons été éduqués. Ce que nous avons vécu en famille est souvent responsable des relations que nous entretenons avec l’argent et de la représentation que nous nous en faisons. Par exemple, en étant issu d’une famille avare, on peut développer le même vice et ne pas supporter de dépenser de l’argent. Au contraire, on peut aussi avoir une réaction d’opposition. De même, l’angoisse du manque, de la misère, ressentie face à des parents excessivement dépensiers sera compensée par une avarice illusoirement rassurante.

Non seulement notre utilisation de l’argent est déterminée par notre éducation, mais notre conception même de la valeur de l’argent est influencée par l’environnement familial. En effet, si l’argent a toujours été un sujet tabou dans votre famille, vous ressentez encore certainement un sentiment de honte à en gagner aujourd’hui. La conception taboue de l’argent est issue de la tradition judéo-chrétienne : l’argent est un objet de honte, au même titre que le sexe. En gagner est culpabilisant.

Cependant cette vision est réductrice. En effet, les évènements de la vie adulte peuvent également bouleverser notre rapport à l’argent et la façon dont nous l’utilisons.
Les bouleversements financiers sont des événements douloureux, stressant et/ou dramatiques associés à l’argent qui sont si puissants sur le plan émotionnel qu’ils laissent une empreinte qui perdure à l’âge adulte. Ils deviennent le fondement de notre vision de l’argent et de notre relation avec lui.

Il peut s’agir d’une enfance dans la pauvreté, d’un message de nos parents au sujet de l’argent que l’on a inconsciemment intériorisé, ou quelques années plus tard d’un coussin financier qui part en fumée suite à un ralentissement ou une crise économique, etc. tout le monde a connu au moins un de point d’ancrage financier dans sa vie.

Les reconnaître est la première étape pour se défaire de leur emprise et vaincre nos troubles vis-à-vis de l’argent. Ensuite, il faut apprendre à identifier nos croyances en matière d’argent, à les repérer lorsqu’elles s’insinuent dans notre esprit et à les remplacer par des pensées plus saines, plus juste et plus productives.

Comment repérer votre approche à l’argent ?

Le psychologue financier Bradley Klontz a inventé le terme « money script » (schéma vis-à-vis de l’argent) pour décrire nos croyances fondamentales sur l’argent – les schémas que nous avons écrits pour nous-mêmes, dès le plus jeune âge, et que désormais nous ne pouvons que suivre aveuglement.
Il existe cinq types de relation à l’argent : l’évitement, l’argent statut, le culte de l’argent, l’économe et l’acheteur compulsif. Cela peut sembler compliqué, mais les bases sont assez simples.

Le rapport d’évitement à l’argent

Si vous suivez un schéma d’évitement, vous pouvez estimer que l’argent est quelque chose de mauvais, ou que vous ne méritez pas d’avoir de l’argent. Vous pouvez aussi penser que « Les gens bien ne devraient pas se soucier de l’argent », ou « les riches ne méritent pas leur fortune ». Ou peut-être pensez-vous que l’argent est une source de stress et que par conséquent il est préférable de faire avec moins (vous pourriez même voire cela comme une vertu). Lorsque vous êtes confronté à un problème financier, vous tentez de minimiser la problématique en refusant d’y penser.

L’argent statut

Si vous vous trouvez dans cette catégorie alors vous estimez que votre valeur en tant qu’être humain est égal à votre valeur financière. En d’autres termes, vous penserez que votre succès se mesure par votre revenu et que ce que vous possédez reflètent votre valeur intrinsèque. Si vous vous reconnaissez, alors vous souffrez d’une certaine dépendance à l’argent. Les personnes pour qui l’argent est synonyme de statut sont souvent des preneurs de risque, bien que prendre des risques financiers soit aussi un trait de celles et ceux pour qui l’argent est source de bonheur.

Ceux qui adorent l’argent

Si vous êtes dans cette catégorie, vous estimez que l’argent vous apportera automatiquement bonheur et / ou épanouissement. Pour vous l’argent fait le bonheur, cela ne fait pas de doute. Les personnes qui adorent l’argent pensent qu’on ne pas être trop riche et qu’il n’est pas possible d’être pauvre et heureux. Et même si d’autres semblent réussir cette prouesse, ils estiment qu’eux sont incapables d’être heureux s’ils ne possèdent pas un compte en banque important.

Les acheteurs compulsifs

Nous avons toute déjà succombé à une dépense déraisonnable après un coup dur, une rupture, un licenciement… Si cet acte compensatoire est normal pour la plupart d’entre nous, les dépensiers le vivent au quotidien.

On parle d’achats compulsifs pour dénoncer la frénésie de dépenses. Les victimes de cette forme de dépendance à l’argent décrivent toutes le sentiment de frénésie qui les étreint au moment de l’achat. C’est une véritable ivresse qui les pousse à dépenser de grosses sommes pour des objets souvent inutiles.

Ils ont appris étant jeune que les achats permettent d’échapper temporairement aux tracas et stress de la vie quotidienne. Lorsqu’ils anticipent un achat, leur cerveau libère de la dopamine, le neurotransmetteur du bonheur.

Cette ivresse engendre un véritable syndrome de sevrage accompagné de troubles physiques (migraines, troubles digestifs, insomnies…) lorsqu’ils ne peuvent plus acheter. Ces personnes aussi ont donc une dépendance à l’argent et vivent un peu comme des drogués.

Les économes

Une personne vigilante en matière d’argent, que certains pourraient qualifier d’économe ou de radine, veille attentivement sur ses finances. Cependant, il peut également s’agir de recherche de sécurité financière. Une personne opérant sous ce schéma, préfèrera économiser pour les périodes compliquées (même si ces périodes ne se matérialisent pas) et, lorsqu’elle doit acheter quelque chose, elle est prête à passer du temps pour rechercher la meilleure affaire.

Ce genre de pensée est généralement plutôt utile, mais il peut conduire à des comportements trop précautionneux et à une aversion aux risques qui peuvent non seulement vous freiner mais même vous faire reculer.

Selon la théorie psychanalytique, l’avare obsessionnel retient le plus possible et cherche à ne dépenser que pour l’essentiel ou pour faire plaisir. L’avare est donc un individu agressif en refusant de céder à l’autre l’argent en tant qu’objet de valeur ; de valeur affective en réalité.

Quel est l’impact de votre relation à l’argent sur vos finances ?

Si en lisant l’une des descriptions ci-dessus et que vous vous êtes dit « tout le monde ne pense pas ça ? », c’est probablement un signe. Une fois que vous êtes conscients de votre schéma vis-à-vis de l’argent, vous pourrez mieux comprendre comment cela affecte vos décisions financières les plus importantes.

Les dépenses

Vos choix en termes d’achats et de dépenses sont souvent déclenchées par votre psychologie financière. Si vous êtes une personne qui évite l’argent, vous préféreriez ne pas penser y penser et souvent dépenserez sans réfléchir. Si vous avez cette psychologie, il pourrait sembler plus facile d’acheter sans pensée – et de gérer les découverts et manque d’argent pour d’autres choses plus tard – qu’apprendre comment faire budget et suivre vos dépenses.

Si vous êtes une personne qui adore l’argent ou que vous attribuez un statut à l’argent, alors vous êtes-vous aussi vulnérables trop dépenser et faire exposer votre budget. Les personnes qui suivent ces schémas peuvent savoir exactement combien elles dépensent (mais pas toutes), mais, malgré tout, pour ces dépensiers, la fierté de posséder est plus important que le maintien d’un solde positif sur leur compte ou le re-paiement d’une dette ou d’un emprunt.

La personne qui est attentive à l’argent sera, elle, vulnérable à une dépense insuffisante. C’est un aspect qui semble anodin mais peut causer une détresse émotionnelle et même, potentiellement, coûter de l’argent à long terme. Par exemple, quelqu’un qui pense de cette façon pourrait garder une vieille paire de chaussures de course pendant des années, lui économisant les 65 $ annuels qu’elle dépenserait pour une nouvelle paire, mais éventuellement causer une blessure qui coûte beaucoup plus chers en temps et en argent.

L’épargne

Le taux d’épargne des ménages français est l’un des plus élevés au monde. En 2017, les Français mettaient de côté 14,6% de leur revenu brut disponible, en moyenne, selon l’INSEE. Le rapport à l’argent des français pourrait en être la cause. Un faible taux d’épargnes est parfois lié à la situation économique, comme la stagnation des salaires, mais votre propension à épargner est également lié à votre psychologie financière.

Si vous évitez l’argent, vous êtes mal à l’aise avec l’argent parce que vous pensez que les gens qui ont de l’argent sont immoraux ou mauvais. Dans certains cas extrêmes, vous pourriez même saboter vos économies afin de soulager vos sentiments de culpabilité d’avoir de l’argent.

Pour ce qui est des personnes qui adore l’argent ou qui lui donne un statut, l’épargne n’est généralement pas une priorité. Cela ne signifie cependant pas qu’ils n’épargnent pas, puisque cela peut être une autre façon d’impressionner les autres ou en prévision d’une dépense plus importante.

La personne qui est précautionneuse vis-à-vis de l’argent, est la plus susceptible d’avoir des économies robustes, ce qui est certainement une bonne chose même s’il est important de savoir puiser dans ses réserves de temps en temps. Faire des choix financiers principalement sur la base de la peur est rarement une solution idéale.

Les investissements

Votre psychologie financière peut aussi influencer vos choix de placements, ce qui peut avoir des conséquences à long terme.
Si vous évitez l’argent, investir peut vous sembler trop risqué ou compliqué – après tout, si vous ne vous embêtez pas avec l’argent, alors vous n’avez pas de décisions inconfortables à prendre. Avec ce schéma, vous aurez tendance à sauter dans le train en marche et investir lorsque tout le monde parle d’un produit ou service, et à récupérer vos billes lorsque l’investissement n’est plus ‘à la mode’, le tout sans vraiment penser au résultat.

Si selon vous l’argent offre un statut ou que vous adorez l’argent, alors vous aurez tendance à faire des investissements risqués. En effet pour vous pas question de rater la prochaine grande opportunité, vous voulez aussi devenir riches rapidement. Bien que vous ayez effectivement plus de chance de réussir à devenir très riches, vous êtes aussi plus vulnérables aux bulles financières.

Enfin, si vous êtes du type financièrement attentif, vous aurez tendance à ne pas investir par peur qu’un ralentissement du marché vous fasse perdre de l’argent. Lorsque vous investissez, vous préférerez vous concentrer sur les investissements qui protégeront votre capital. C’est un pari qui semble sûr, mais qui érode votre pouvoir d’achat lorsque la croissance n’excède pas l’inflation.

Votre psychologie financière n’est pas mauvaise

Bien que votre schéma financier pourrait vous conduire à faire des choix irrationnels, il est important de se souvenir que vos rapports à l’argent ne sont ni bons ni mauvais. Ce n’est rien de plus que la ‘lentille financière’ à travers de laquelle vous voyez le monde.

Cependant, une fois que vous comprenez votre psychologie financière, vous pourrez réfléchir aux raisons qui vous poussent à agir de tel ou tel façon la prochaine fois que vous devrez prendre une petite ou grande décision financière. Votre instinct vous dirige-t-il vers la meilleure option ou bien êtes-vous en train d’opter par la solution qui vous semble la plus confortable ?

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